Corto Maltese

Publié le par Kévin S.

Corto MalteseCorto Maltese en Sibérie © 1979 - Casterman - Hugo Pratt

Phénomène incontournable de la BD, Corto Maltese, personnage inventé par l'illustre H. Pratt en 1967, continue toujours avec autant d'attrait à séduire les lecteurs du XXIe siècle de tout âge.

 
Relatant la vie et les nombreuses aventures du personnage éponyme à la série, marin pirate né d'une mère gitane et d'un père membre de la Royal Navy, l'auteur nous emmène à travers 29 aventures, soit 12 volumes, dans un univers passionnant, mêlant la magie, à un monde déchiré par la première guerre mondiale. Même si le contexte historique fort est omniprésent, Corto Maltese, personnage aussi individualiste qu'enviable, semble évoluer dans une dimension parallèle, en partie déconnectée de cette dure réalité, toujours en quête d'aventures et d'explorations, de terres sauvages et d'inconnus, dans le but suprême d'atteindre des trésors séculaires convoités par l'homme depuis la nuit des temps (pour ne citer que le premier volet de la série, il est question des inestimables richesses des mines d'or du feu roi Salomon).


Ses traversées sur les grands océans, les mers d'Europe, jusqu'aux torrides eaux tropicales et océaniennes, furent toujours ponctuées de rencontres enrichissantes et éclectiques, souvent fortuites, mais jamais sans conséquence pour notre héros. Si l'on peut citer des personnages secondaires et complètement fictifs qui ont dans cette œuvre une place importante, tel que Raspoutine, d'autres, bien que plus effacés, existèrent réellement. Dans Les Celtiques, apparaît, au cœur des tranchées britanniques, le Baron Von Richthofen, plus connu sous le nom du Baron Rouge. Cultivant le mystère sur la cause de sa mort, Pratt s'amusa à redonner une seconde jeunesse à ce mythe, en créant de toute pièce une nouvelle hypothèse concernant la raison de la disparition de cette célébrité de la première guerre mondiale.  " Il m'arrive de ne plus avoir envie de sortir de ce monde de mythes et même de ne plus savoir où est le monde réel " disait-il. En effet, ses personnages mêlent la fiction pure à l'archive historique, enveloppés dans une épaisse couverture de fantaisie et de merveille propres à cet univers.

 
Le génie de Pratt s'exhale dans cette façon si subtile qu'il a de marier un sujet dur, illustré de temps en temps par des images violentes, à une poésie touchante, qui nous lie à tous ses personnages charismatiques, en maniant un scénario enivrant et dangereusement envoûtant, tout en employant un dessin très stylisé et expressif, fait à l'encre de Chine. Le noir et blanc, bien que classique et ne pouvant plaire à tout le monde, permet à mon avis, de retranscrire le plus fidèlement possible cet univers façonné par la barbarie des hommes et leur imagination sans limites. Pour les plus irréductibles, à noter que certains volets sont parus entièrement colorés ou ponctuellement, depuis plusieurs années.

 
Il serait mal venu d'en dire trop sur une œuvre qui ravira, à mon humble avis, le plus grand nombre, grand ou petit, bédéphile ou simple curieux. Même si certains d'entre vous restent encore sceptiques, sachez qu'en entrant dans cet univers poétique, tout le monde arrive à retrouver une partie de soi-même dans la vie ou le caractère des personnages, si ce n'est dans Corto lui-même. Car il est évident pour moi que cet homme est véritablement un personnage universel, mariant les utopies d'hier et de demain, ayant gagner au cours de ces quarante dernières années une place privilégiée chez ses lecteurs.

 
Corto Maltese
a fait l'objet de plusieurs films d'animation en 2002. Je recommande sincèrement ces adaptations fidèles à l'œuvre et au dessin de l'auteur, qui retranscrivent dans leur intégralité quelques aventures de Corto.


Kévin S.

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