La Roue des vents
La Roue des vents
Fiche technique
scénario : Vincent Joubert
dessins : Vincent Joubert
éditeur : Ankama
date de parution : 10 novembre 2010
Présentation de l'éditeur
L'extraordinaire aventure de l'auteur et de ses compagnons qui explorèrent le continent du grand arpent, dirigé avec grande férocité par sa majesté Djaf'al Bar et son éminence Alzar le pleurnicheur.

Quelques illustrations de La Roue des vents
L'avis de notre lecteur (Kévin S.)
Qu'est-ce qu'une bande dessinée ? Les multiples aspects qu'elle emprunte aujourd'hui sont la conséquence d'une recherche toujours plus originale. Aussi, on ne peut objectivement traiter ce sujet de manière concise.
Si le duo dessinateur/scénariste représente encore un équilibre obligatoire dans nos esprits, et chez une grande majorité des auteurs, l'un peut s'imposer à l'autre. Mais lorsqu'un artiste s'occupe d'illustrer sa propre histoire, en mettant en premier plan le travail scénaristique, où se forme la frontière entre littérature illustrée et roman graphique ?
Avec un texte chapitré, englobant la totalité de la narration, La Roue des vents n'est certes pas à proprement parlé une bande dessinée et, comme le revendique son auteur, serait plutôt à considérer comme un livre illustré. Cependant, le charme réside dans l'harmonie entre un texte dense et quelques images éparses : en laissant une grande place à l'imagination des lecteurs, ces petits chefs d'oeuvre articulent néanmoins les actions cruciales de l'intrigue.
Sous forme de carnet de voyage renforcé, rien n'est laissé au hasard pour donner une valeur authentique à ce récit médiévalo-fantastique. Enluminures dorées, police manuscrite, la première de couverture donne le ton du récit. Chaque détail est primordial, du style ancien et usé des premières pages aux très belles lettrines présentes à chaque début de chapitre, sans oublier cette fine bande de tissu rouge, signet discret mais obligatoire !
Ce livre est en quelque sorte les mémoires de Joachim Fend'lor, jeune homme entraîné malgré lui dans une quête dramatique, celle que poursuivent désespérément Maître Gontran et Clovis, dragon caricatural qui a troqué l'élégance et la souplesse reptilienne pour un corps de baudruche, puissant mais bougon. Leur odyssée les conduira à rencontrer peuples merveilleux, créatures hostiles et vicieuses, et à explorer les territoires reculés du continent du grand Arpent, situé à l'Extrême Orient du monde connu.
Ce détail géographique n'est pas sans raison. Même si une grande part de l'univers de Joubert provient de son génie créatif, il m'a cependant confirmé avoir un faible pour l'orientalisme, ce courant du XIXème qui réunit des artistes aux styles totalement différents (Hugo, Picasso, Delacroix), ayant pour point commun l'idéalisation de la culture orientale, souvent fantasmée. Et on ne peut passer à côté de cette admiration. La plupart de ses créations sont marquées par une dominante de teintes chaudes, rouges orangées : coupoles byzantines, arcs outrepassés, chaque province est baignée dans cette culture, et nombre d'habitants portent de larges tissus bouffants et des chapeaux démesurés.
Oeuvre phare du courant orientaliste, La mort de Sardanapale (1827) de E. Delacroix est une des multiples références de Joubert.
Mais Joubert s'amuse à marier formes et couleurs, si bien que ses inspirations et son inventivité forment finalement une vaste mosaïque, complexe et personnelle, relativement comparable au monde de Terry Pratchett (Discworld).
Dans un autre genre non moins original, le monde de Discworld de T. Pratchett figure parmi les références d'aventures médiévalo-fantastiques.
Mais chaque soleil a sa part d'ombre. Avant tout illustrateur de bandes dessinées ou de jeux vidéo (Dofus, Wakfu chez Ankama), c'est la première fois que le dessinateur se lance dans l'écriture. Et même si le texte est cohérent et travaillé, il lui manque le petit détail immersif, car trop souvent naïf et axé jeune public. La candeur des récits ne plaira pas à tout le monde, et m'a moi-même parfois déplu. Jeunes ou vieux, la vision de l'ouvrage dépendra donc totalement des lecteurs, qui cependant, s'accorderont tous sur le fait que La Roue des Vents est une construction atypique qui mérite d'être feuilletée.
La fin de l'histoire laisse penser à une suite probable, mais il serait aujourd'hui question d'un problème avec l'éditeur, ce qui risquerait de bloquer de futurs travaux. Malgré tout, si le public lui est favorable, on peut espérer un hypothétique second volet, qui serait alors tourné vers l'ère industrielle du XIXème siècle, autre époque chère à Vincent Joubert.
