Dieu en personne
Dieu en personne
Dieu en personne © 2009. Delcourt. Marc-Antoine Mathieu
Présentation de l'éditeur
Dans une file d'attente, un petit bonhomme attend patiemment son tour. Au moment de décliner son identité, il se présente sous le nom de "Dieu". Il n'a pas de domicile, pas de papiers, ni de numéro de sécurité sociale. L'irruption de cette énigme métaphysique "en personne" déclenche un phénomène médiatique majeur... Un procès géant est bientôt organisé contre ce "Coupable Universel".
L'avis de notre lecteur (Clément F.)
Comme s'ouvre le Nouveau Testament, l'histoire qui nous est contée dans Dieu en personne débute par un grand recensement. Problème : Lorsque l'une des personnes se présente sous le nom de Dieu, l'agitation commence à gagner la foulequi patiente derrière, pour s'étendre au reste de la planète. Peut-il vraiment s'agir de Dieu ? Et si oui, pourquoi prendre forme humaine et venir sur notre bonne vieille planète bleue ?
Le roman graphique de Marc-Antoine Mathieu pose un bon nombre de questions - cela va des mathématiques à la raison de l'existence humaine - et toutes ne trouveront pas réponse dans cette épopée des temps modernes.
Et si l'histoire débute par un élément fantastique (et encore, qui sait ?), on a bel et bien l'impression que l'ensemble reste étrangement très proche de la réalité. " Vraiment, cela se passerait comme ça si Dieu arrivait ". Ce sentiment ne quitte jamais le lecteur, qu'il soit croyant ou non. Car la grande force de l'auteur, c'est d'avoir fait de Dieu un être qui, physiquement, ne déroge pas à l'imagerie classique, mais qui surprend pourtant totalement de par la simplicité de sa personne, son caractère sensible et son approche des choses.
Et finalement, si Dieu connaît moult avaries dans cette histoire (il sera victime d'un procès de la part de l'humanité), c'est surtout le fait des hommes. Le personnage principal demeure la divinité, mais on a également un portrait de l'humanité comme on en voit rarement, et pourtant si juste ! Manipulatrice, opportuniste, avare... Dieu se retrouve - malgré lui ? - plongé dans l'univers du showbiz. Posters, tee-shirts, livres, émissions de télé, etc. : son "image" est exploitée jusqu'à faire de lui un "people" comme les autres !
Au-delà de la question métaphysique, Mathieu nous renvoie une image de la société telle qu'elle est aujourd'hui, non sans une pointe d'humour noir.
Graphiquement, le roman demeure dans un clair-obscur quelque peu angoissant. Les personnages semblent jaillir des ténèbres. Avec ses noirs profonds et ses teintes de gris, Dieu en personne s'inscrit parfaitement dans le style du roman graphique. Les traits sont nets, d'une grande simplicité. Mais cela ne dénature pas l'oeuvre. Au contraire, peut-être cela facilite-t-il l'immersion dans cette grande énigme du XXIème siècle.
La mise en scène est efficace, et l'auteur nous manipule avec virtuosité. Certains plans semblent tout droit sortis d'un story-board. A quand une adaptation au cinéma ?
Finalement, si l'on pourrait rester sur sa fin quant au dénouement choisi par l'auteur (il aurait été facile d'écrire une résolution "hollywoodienne", avec une lumière divine perçant les nuages pour venir s'emparer de Dieu et le ramener aux cieux), celle imaginée a pour avantage de prendre à contre-pied nos attentes... une fois encore.
Et, pour reprendre l'idée de fin exprimée par les deux journalistes : l'essentiel, c'est d'avoir passé un bon moment.
(Cliquez sur les planches pour agrandir)

